Thursday, March 29, 2007

poemes

de la vodka ou du vin


« we stand in galleries mournfully unable to look as modern as that » (Andrei Codrescu)


la première fois que j’ai vu mon nom imprimé
c’était en quatre-vingt onze dans un journal local dans
le nécrologue deux jours après la mort de mon père

j’étais sur le point d’exploser tellement j’en étais fier et stupéfait et ravi
j’ai lu bien sûr cette annonce une
vingtaine de fois j’ai même épelé mon nom
j’y ai mis le doigt la langue l’oreille et soudain
je me suis souvenu
du mort que j’avais laissé à la maison des miroirs couverts avec
des draps de mon nouveau statut d’orphelin
et vite fait je me suis mis à feindre la honte

je me maudissais et j’ai jeté oh le journal très loin de moi

mais à portée de main quelque part où je pourrais le trouver plus tard

je l’ai caché sous le lit comme si c’était une revue porno

à quatorze ans j’ai écrit une histoire de science fiction
et un écrivain bucarestois m’a dit
comme ça au petit bonheur nous étions assis face à face
il était on ne pouvait plus réel et barbu et pourtant
j’avais du mal à me l’imaginer je n’avais jamais vu d’écrivains auparavant
pire encore je croyais qu’ils étaient tous morts

tu es doué m’a-t-il dit tu as de la force
je sentais ma peau se tendre dans mon dos j’attendais
une punition quelque chose je me disais aïe il sait que je me masturbe
il sait que je fume
je me suis acheté un cahier j’ai écrit sur la couverture
avec des lettres grossies dan sociu poèmes la maison d’édition
une telle sur la première page dan sociu poèmes couverture par
préface par puis j’ai été pris par une sorte
d’anxiété mais que vais-je leur offrir au lancement du livre de la vodka ou du vin
je savais que c’était dans les coutumes

et la nuit quand la faim me tenaillait je me mettais en petite tenue
dans la cuisine je mangeais du bortsch à l’oignon et hop
l’anxiété si les lecteurs entraient maintenant par la porte
et ils te voyaient
du coup je n’ai presque rien écrit jusqu’à maintenant
parce que je sais moi comment ça se passe avec la poésie
et comment on te regarde quand tu arpentes la maison en petite tenue

Traductions par Linda Maria Baros (2002)

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